Une conjonctivite qui devient vite purulente peut être une gonorrhée de l’œil, en particulier après un rapport non protégé, et elle se traite en urgence : la Haute Autorité de santé prévoit un avis ophtalmologique immédiat et une injection unique de 1 g de ceftriaxone quand l’atteinte reste limitée à la conjonctive. Les collyres antibiotiques ne remplacent pas cette injection. La forme oculaire accompagne une infection génitale à gonocoque, que le dépistage doit retrouver chez la personne comme chez ses partenaires.

Une atteinte oculaire à gonocoque se traite en urgence, par voie générale
Une atteinte oculaire à gonocoque se traite par un antibiotique général, la ceftriaxone, avec un avis ophtalmologique en urgence : quand l’infection se limite à la conjonctive, la Haute Autorité de santé retient 1 g en injection intramusculaire, en une seule fois. Le traitement peut démarrer sur une forte suspicion clinique, sans attendre le résultat du prélèvement.
Deux niveaux de gravité existent. Une forme invasive, une suspicion d’endophtalmie par exemple, se traite à l’hôpital par 2 g de ceftriaxone intraveineuse par jour, sept jours au maximum selon la Haute Autorité de santé. Une série de treize patients publiée en 2021 dans le Journal of Medical Microbiology rapporte trois hospitalisations et insiste sur un diagnostic rapide : l’atteinte mime parfois une cellulite orbitaire et peut mener à une perforation de la cornée. Ces cas restent rares, mais l’urgence ne se discute pas.
Le CDC américain compte une seule étude publiée sur ce traitement : douze patients, tous guéris par une injection unique de 1 g. Il en tire une recommandation de prudence, avec avis d’un spécialiste des infections, car les données restent limitées.
Un œil rouge qui se met à couler du pus chez une personne sexuellement active se fait examiner le jour même. La Haute Autorité de santé prévoit un avis ophtalmologique en urgence dès qu’une atteinte à gonocoque est suspectée.
L’œil se contamine au contact d’une infection génitale, souvent silencieuse
La conjonctivite gonococcique de l’adulte accompagne une infection génitale, et la Haute Autorité de santé relie l’atteinte oculaire à l’augmentation de l’incidence de la gonorrhée génitale. Une revue écossaise de cinq ans publiée en 2021 dans Eye décrit le mécanisme habituel : l’auto-inoculation, c’est-à-dire le portage de sécrétions génitales infectées vers l’œil, parfois par contact direct avec des urines infectées. Le gonocoque se transmet lors des rapports sexuels vaginaux, oraux ou anaux, rappelle l’OMS, et les symptômes de la gonorrhée apparaissent généralement de 1 à 14 jours après le contact.
L’infection génitale qui alimente l’atteinte oculaire passe souvent inaperçue : la plupart des femmes n’ont aucun symptôme, rappelle l’OMS. Les cas progressent : selon Santé publique France, 25 800 personnes ont été diagnostiquées en France en 2024, une hausse de 36 % depuis 2022.
Chercher l’infection génitale fait partie du traitement : la gonorrhée génitale se dépiste chez la personne comme chez ses partenaires.
Le diagnostic s’appuie sur un prélèvement de l’œil
Le diagnostic d’une atteinte oculaire à gonocoque repose sur un écouvillon conjonctival. La Haute Autorité de santé recommande une culture avec antibiogramme sur ce prélèvement, et l’OMS cite la conjonctive parmi les sites où un écouvillonnage est possible, selon les symptômes, les pratiques sexuelles et les antécédents médicaux. La demande de culture ne doit pas retarder le traitement. Ce prélèvement sert aussi à surveiller l’évolution des résistances.
L’examen a une conséquence directe : il dit si la souche reste sensible à la ceftriaxone, le seuil retenu étant une concentration minimale inhibitrice de 0,125 mg/L selon la Haute Autorité de santé. Les résistances progressent surtout pour l’azithromycine : selon le KCE, elle est passée en Belgique de 18,6 % en 2021 à 33,6 % en 2022, contre 0,4 % puis 0 % pour la ceftriaxone.
Le CDC liste la culture pour l’infection conjonctivale, mais pas les tests moléculaires, absents des prélèvements validés pour la conjonctive aux États-Unis.
Des gouttes dans l’œil ne suffisent pas à traiter l’infection
L’intérêt des collyres antibiotiques n’est pas démontré : la Haute Autorité de santé ne les rend pas systématiques et les discute au cas par cas, alors que le rinçage régulier au sérum physiologique, lui, est recommandé en cas de conjonctivite. Le CDC américain évoque un lavage oculaire unique. La surface se rince, mais l’infection se traite par voie générale.
Une exception est encadrée : en cas d’allergie confirmée à la ceftriaxone et d’atteinte conjonctivale non sévère, un collyre à l’azithromycine, 1 goutte dans l’œil deux fois par jour, peut être proposé, précise la Haute Autorité de santé, jusqu’à la disparition des symptômes, avec vérification rapide de la sensibilité de la bactérie. Si la vision est menacée, la conduite change : avis infectiologique et ophtalmologique urgents, et discussion d’injections dans le vitré selon le type d’atteinte.
Belgique et France ne rangent pas l’atteinte au même endroit
La conjonctivite gonococcique de l’adulte n’a pas le même statut selon le pays. Le KCE belge la classe parmi les formes compliquées de la gonorrhée, que le médecin de première ligne oriente vers la seconde ligne. La Haute Autorité de santé en fait une urgence ophtalmologique, traitée par ceftriaxone sans attendre. Pour la gonorrhée non compliquée, le KCE a relevé la dose à 1 g en monothérapie en 2023, contre 500 mg auparavant, pour répondre à la résistance à l’azithromycine.
Sur les formes sévères, les documents divergent. Les recommandations hospitalières belges de 2017 traitent l’infection disséminée, conjonctivite comprise, par 1 g de ceftriaxone par jour pendant sept jours, avec 2 g d’azithromycine en dose unique. La Haute Autorité de santé retient 1 g en injection unique quand l’atteinte reste conjonctivale, et 2 g par jour à l’hôpital, sept jours au maximum, quand elle devient invasive.
| Pays | Dose pour une gonorrhée non compliquée | Durée si forme sévère | Avis à demander |
|---|---|---|---|
| Belgique | Ceftriaxone 1 g en injection unique, en monothérapie | 1 g par jour pendant 7 jours (infection disséminée) | Seconde ligne pour une forme compliquée ou un échec |
| France | Ceftriaxone 1 g en intramusculaire, en monothérapie | 2 g par jour à l’hôpital, 7 jours au maximum | Avis ophtalmologique en urgence, infectiologique selon l’atteinte |
La résistance à la ceftriaxone reste rare : l’argumentaire de la Haute Autorité de santé relève 0,2 % de souches françaises résistantes en 2022, et le KCE rapporte 0,4 % en Belgique en 2021, puis 0 % en 2022.
Après l’œil, il reste à chercher les autres sites et les partenaires
Un diagnostic de gonorrhée ne s’arrête jamais à l’œil. Le KCE demande de rechercher les autres infections sexuellement transmissibles, dont la chlamydia, la syphilis et le VIH, chez toute personne concernée. Les recommandations françaises précisent la suite : informer les partenaires des six derniers mois, un délai réduit à deux semaines en cas d’urétrite masculine, et leur proposer un dépistage et un traitement par ceftriaxone 1 g en injection unique.
Les rapports se protègent ou s’évitent pendant au moins sept jours après le traitement, comme le recommandent la Haute Autorité de santé et le KCE. En Belgique, une plateforme anonyme, partneralert.be, permet de prévenir un partenaire sans se dévoiler, et le préservatif reste la base : l’OMS rappelle qu’une utilisation régulière et correcte du préservatif évite la plupart des gonorrhées.
Le dépistage se fait en ville comme à l’hôpital, avec des lieux gratuits ou remboursés selon le pays.
Chez le nouveau-né, la prévention se joue dans les premières 24 heures
Un nouveau-né peut être contaminé au passage dans la filière génitale quand sa mère est infectée, et l’argumentaire de la Haute Autorité de santé rappelle que l’ophtalmie néonatale peut entraîner une perforation du globe oculaire et une cécité. En France, la prophylaxie n’est plus systématique : elle est recommandée en cas de symptômes d’infection sexuellement transmissible chez les parents ou de grossesse mal suivie, par une goutte de rifamycine ou d’azithromycine dans les 24 premières heures de vie.
Quand une infection maternelle est confirmée à l’accouchement, le nouveau-né reçoit une injection de céphalosporine, avec une préférence pour le céfotaxime, 100 mg par kilo et par jour, selon la Haute Autorité de santé, la ceftriaxone étant évitée chez le bébé en raison de son effet sur la bilirubine. Une conjonctivite avérée se traite en urgence par un collyre, rifamycine ou azithromycine, plusieurs fois par jour, associé au céfotaxime, un à sept jours selon l’atteinte.
L’OMS rappelle qu’une conjonctivite du nouveau-né non traitée peut rendre aveugle, et que des médicaments ophtalmiques destinés aux bébés préviennent cette infection.
Un test remboursé 12,50 € en Belgique, gratuit avant 26 ans en France
Que paie-t-on pour un test de dépistage ?
En Belgique, le remboursement d’un test de dépistage de la gonorrhée s’élève à 12,50 €, et le nombre de tests remboursés n’est pas limité, selon le KCE. En France, un CeGIDD propose un dépistage gratuit et anonyme, et le test du gonocoque est gratuit et sans ordonnance en laboratoire pour les moins de 26 ans, rappelle service-public.fr.
Un collyre antibiotique peut-il remplacer l’injection ?
Le traitement de référence reste la ceftriaxone en injection : la Haute Autorité de santé juge l’intérêt des collyres non démontré et ne les rend pas systématiques. Un collyre à l’azithromycine, 1 goutte deux fois par jour, se discute seulement en cas d’allergie confirmée à la ceftriaxone et d’atteinte conjonctivale non sévère, avec vérification de la sensibilité de la bactérie.
Comment se fait le prélèvement d’un œil ?
Un écouvillon conjonctival recueille le prélèvement, sur lequel la Haute Autorité de santé recommande une culture avec antibiogramme ; le CDC confirme que la culture est disponible pour l’infection conjonctivale. Ce résultat détermine si la souche reste sensible à la ceftriaxone, au seuil de 0,125 mg/L.
Que risque-t-on en attendant quelques jours ?
L’atteinte doit être traitée correctement pour éviter de graves complications cornéennes, et la Haute Autorité de santé parle d’urgence : l’avis ophtalmologique ne se programme pas. Une forme invasive, une endophtalmie par exemple, impose l’hôpital et 2 g de ceftriaxone intraveineuse par jour, sept jours au maximum. Le CDC note que les données restent limitées, avec une seule étude publiée sur douze patients.
Un nouveau-né peut-il être atteint ?
La contamination se produit au passage dans la filière génitale, et une conjonctivite du nouveau-né non traitée peut rendre aveugle, prévient l’OMS. En France, une goutte de rifamycine ou d’azithromycine dans les 24 premières heures de vie est recommandée quand les parents présentent des symptômes d’infection sexuellement transmissible ou que la grossesse a été mal suivie ; une atteinte avérée se traite par collyre et céfotaxime, 100 mg par kilo et par jour, un à sept jours selon l’atteinte.
Faut-il prévenir ses partenaires, et jusqu’où remonter ?
Les recommandations françaises demandent d’informer les partenaires des six derniers mois, un délai réduit à deux semaines en cas d’urétrite masculine, et de leur proposer un dépistage et un traitement par ceftriaxone 1 g. En Belgique, la plateforme anonyme partneralert.be permet de les prévenir, comme le cite le KCE. Les rapports se protègent ou s’évitent pendant au moins sept jours après le traitement.
Sources
- Haute Autorité de santé, « Recommandations de prise en charge des personnes infectées par Neisseria gonorrhoeae », avril 2025, has-sante.fr.
- Cuesta Chasco G., Carreras-Castañer X., Zboromyrska Y. et al., « Adult gonococcal conjunctivitis : prevalence, clinical features and complications », Journal of Medical Microbiology, 8 septembre 2021, microbiologyresearch.org.
- Centers for Disease Control and Prevention, « Gonococcal Infections Among Adolescents and Adults », STI Treatment Guidelines, révisé le 21 septembre 2022, cdc.gov.
- Butler L., Shah M., Cottom L. et al., « Five-year review of ocular Neisseria gonorrhoeae infections presenting to ophthalmology departments in Greater Glasgow & Clyde, Scotland », Eye, 1ᵉʳ juillet 2021, nature.com.
- Organisation mondiale de la santé, « Gonorrhée (infection à Neisseria gonorrhoeae) », aide-mémoire, 22 octobre 2025, who.int.
- Santé publique France, « Gonococcie », 18 décembre 2025, santepubliquefrance.fr.
- Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE), « Diagnostic et prise en charge de la gonorrhée et de la syphilis », synthèse KCE Reports 371Bs, 2023, kce.fgov.be.
- Société belge d’infectiologie et de microbiologie clinique (SBIMC), « Gonorrhée : infection compliquée », Recommandations de traitements anti-infectieux en milieu hospitalier, 2017, sante.belgique.be.
- Haute Autorité de santé, « Recommandations de prise en charge des personnes infectées par Neisseria gonorrhoeae : argumentaire », avril 2025, has-sante.fr.
- Service-Public.fr, « Quel dépistage pour quelle maladie ? », 13 mars 2026, service-public.gouv.fr.