Une projection de sang ou de sperme dans l’œil est une exposition à une muqueuse : le VIH peut s’y transmettre, mais le risque reste bien plus faible qu’après une piqûre profonde avec une aiguille creuse. Rincez immédiatement et abondamment, au sérum physiologique ou à l’eau, et retirez vos lentilles de contact si vous en portez. En France, la Haute Autorité de santé situe la décision de traitement post-exposition entre 4 et 48 heures après l’exposition ; en Belgique, le CBIP retient un délai allant jusqu’à 72 heures. Un jet de sperme sur une muqueuse n’ouvre pas ce traitement, contrairement à un contact prolongé avec du sang.

Les premiers gestes se font avant l’hôpital
Le premier réflexe est de rincer, sans attendre et sans frotter.
- Retirez d’abord les lentilles de contact : elles plaquent le liquide contre la cornée.
- Rincez au sérum physiologique : à défaut, l’eau courante convient, en écartant les paupières.
- Poursuivez au moins 5 minutes : l’INRS et la brochure PRESOA retiennent cette durée.
Le CBIP, en Belgique, demande un rinçage immédiat et abondant à l’eau ou au sérum physiologique, sans chiffrer la durée.
Tous les liquides qui atteignent l’œil ne sont pas contaminants
Le sang, le sperme et les sécrétions génitales sont les liquides qui portent le risque, selon le CBIP. La salive, les larmes et les urines n’en sont pas, sauf si elles contiennent du sang.
La quantité compte aussi. Le CBIP décrit un risque élevé comme un contact prolongé avec une quantité significative de liquide potentiellement infecté, pas une simple trace.
Source indétectable : une personne qui vit avec le VIH, suit un traitement antirétroviral depuis plus de 6 mois et a une charge virale sous 50 copies/mL ne transmet pas le virus, et la Haute Autorité de santé n’indique alors pas de traitement post-exposition. L’INRS écrit que le risque de transmission est nul quand la charge virale de la source est indétectable.
Le sang ouvre le traitement, le sperme le plus souvent non
Une projection de sperme sur une muqueuse ne figure pas parmi les indications du traitement post-exposition dans les recommandations de la Haute Autorité de santé de juillet 2024, même quand le statut de la personne source est inconnu. Un contact prolongé avec du sang, lui, peut l’ouvrir lorsque la source a une charge virale détectable : la Haute Autorité de santé cite une exposition cutanéo-muqueuse de plus de 15 minutes.
Une exception existe en laboratoire. L’INRS prévoit qu’après une exposition à du virus concentré, un traitement peut être proposé même si le contact a duré moins de 15 minutes.
Le délai et le circuit changent entre la Belgique et la France
Le délai de décision sépare nettement les deux pays, et il détermine ce qu’il reste possible de faire.
| Point | Belgique | France |
|---|---|---|
| Rinçage de l’œil | Immédiat et abondant, à l’eau ou au sérum physiologique, sans durée fixée (CBIP) | Au moins 5 minutes, au sérum physiologique ou à l’eau (INRS) |
| Délai du traitement post-exposition | Le plus tôt possible, jusqu’à 72 heures (CBIP) | 4 heures au mieux, jusqu’à 48 heures (Haute Autorité de santé) |
| Durée du traitement | 28 jours (CBIP) | 30 jours (Haute Autorité de santé) |
| Où se présenter | Un centre de référence VIH conventionné avec l’INAMI (INAMI) | Un service d’accueil des urgences, ouvert 24 heures sur 24 (Santé.fr) |
La Haute Autorité de santé précise qu’au-delà de 48 heures, et notamment entre 48 et 72 heures, les données de la littérature ne montrent pas de protection significative. Le CBIP fixe la limite belge à 72 heures.
À consulter sans attendre : après une projection de sang dont la personne source est inconnue ou a une charge virale détectable, présentez-vous à un service d’urgences, même hors horaires, sans attendre le résultat d’un test.
Le suivi après l’exposition s’étale sur plusieurs mois
En France, l’INRS recommande un test de référence (anticorps anti-VIH1 et anti-VIH2) dans les 8 jours après l’exposition. Si la personne source vit avec le VIH ou si son statut est inconnu, une sérologie est contrôlée à 6 semaines, complétée par une autre à 12 semaines lorsque le traitement post-exposition a été prescrit. La Haute Autorité de santé retient, pour un accident d’exposition au sang, un unique contrôle à 12 semaines, avec la possibilité de tester le VIH dès 6 semaines. Le don du sang est écarté pendant 4 mois.
En Belgique, le CBIP prévoit des sérologies VIH à 6 semaines, 3 mois et 6 mois, avec un suivi qui peut s’étendre de 6 à 12 mois selon le niveau de risque.
Ces tests se font dans des lieux de dépistage dont les conditions d’accès changent d’un pays à l’autre. Le VIH n’est pas la seule infection surveillée après une exposition au sang : chaque infection se cherche avec son propre prélèvement. Quand les expositions se répètent, la PrEP se prend avant l’exposition, un comprimé par jour. Un contrôle réactif se confirme ensuite en clinique, selon l’algorithme national de dépistage.
Trois questions qui reviennent après une projection dans l’œil
Une larme ou un peu de salive dans l’œil transmet-elle le VIH ?
Le CBIP range la salive, les larmes et les urines parmi les liquides qui ne sont pas des sources de contamination, à condition qu’ils ne contiennent pas de sang. Le VIH circule en quantité transmissible dans le sang, le sperme et les sécrétions génitales.
Faut-il un traitement quand la personne source est suivie et indétectable ?
Ni l’INRS ni la Haute Autorité de santé ne le prévoient. L’INRS écrit que le risque de transmission est nul quand la charge virale de la source est indétectable, et la Haute Autorité de santé n’indique pas de traitement post-exposition lorsque la source suit un traitement depuis plus de 6 mois avec une charge virale sous 50 copies/mL.
Le traitement peut-il débuter plus de 72 heures après l’exposition ?
Passé ce délai, ni la France ni la Belgique ne le prévoient. La Haute Autorité de santé indique que la littérature ne montre pas de protection significative entre 48 et 72 heures ; le CBIP fixe 72 heures comme limite. La décision revient au médecin qui évalue le liquide, la quantité et le statut de la personne source.
Sources
- Haute Autorité de santé, Traitement préventif post-exposition au VIH (juillet 2024)
- Centre Belge d’Information Pharmacothérapeutique, Prise en charge des expositions accidentelles au sang et à d’autres liquides biologiques (septembre 2012)
- Institut national de recherche et de sécurité, Infection à VIH, fiche Eficatt (septembre 2025)
- PRESOA, Conduite à tenir en cas d’accident avec exposition au sang (2026)
- INAMI, VIH : intervention dans les coûts pour le suivi dans un centre spécialisé (page consultée le 19 septembre 2026)
- Santé.fr, Le traitement post-exposition au VIH (6 octobre 2025)